Auteur : Bourdichon, Jean (1457 -1521)Â
Type : MANUSCRITÂ
Source: BibliothĂšque nationale de France. DĂ©partement des Manuscrits. Latin 9474.Â


-Armoiries dâAnne de Bretagne, enluminĂ©es par Jean Bourdichon.
Analyse CannArchive par Romain P.
đȘ¶ En 1508, Anne de Bretagne, duchesse de Bretagne et deux fois reine de France, commande un manuscrit monumental : les Grandes Heures. Ce livre de priĂšres nâĂ©tait pas seulement un outil de dĂ©votion, mais aussi un vĂ©ritable trĂ©sor artistique et scientifique.

đ Dans ses marges richement illustrĂ©es, les artistes ont peint avec une prĂ©cision Ă©tonnante des dizaines de plantes, fleurs et animaux, reflĂ©tant le savoir botanique et la curiositĂ© encyclopĂ©dique de la Renaissance. Et parmi ces reprĂ©sentations, deux sont particuliĂšrement frappantes : le cannabis. On y voit clairement distinguĂ©s le chanvre mĂąle et le chanvre femelle, dĂ©signĂ©s comme tels dans les lĂ©gendes. Le mĂąle, Ă©lancĂ©, porte ses fleurs fines en panicules aĂ©riennes, tandis que la femelle, robuste, montre des inflorescences denses et chargĂ©es de graines. Cette distinction rĂ©vĂšle une connaissance approfondie de la plante, bien avant que la botanique moderne nâen codifie lâĂ©tude.
đ¶ Ă lâĂ©poque dâAnne de Bretagne, le cannabis, ou chanvre, faisait partie intĂ©grante de la vie quotidienne. Ses fibres servaient Ă fabriquer tissus, cordages, voiles et filets, autant dâĂ©lĂ©ments essentiels Ă lâĂ©conomie et surtout Ă la puissance navale de lâEurope. Ses graines, riches en huile, nourrissaient hommes et animaux, et fournissaient Ă©galement un combustible et une base pour certains usages artisanaux. Quant Ă ses propriĂ©tĂ©s mĂ©dicinales, elles Ă©taient dĂ©jĂ connues et exploitĂ©es, notamment pour apaiser la douleur ou calmer les inflammations. En dâautres termes, le cannabis nâĂ©tait pas une curiositĂ© : câĂ©tait une ressource fondamentale, cultivĂ©e partout, familiĂšre et indispensable.
đ Que cette plante apparaisse dans un manuscrit royal de dĂ©votion nâa rien dâanodin. Cela montre quâelle Ă©tait perçue comme un Ă©lĂ©ment lĂ©gitime de la crĂ©ation divine, digne dâĂȘtre reprĂ©sentĂ©e parmi les autres dons de la nature. Pour Anne de Bretagne, ce nâĂ©tait pas une plante marginale, mais une Ă©vidence, au mĂȘme titre que le blĂ©, le lin ou la vigne. Dans les enluminures, on ne cherche pas Ă lâexotiser ou Ă la stigmatiser : on la peint telle quâelle est, reconnaissable, utile, prĂ©sente dans les champs et les foyers

đ Ces images nous rappellent une vĂ©ritĂ© souvent oubliĂ©e : au dĂ©but du XVIá” siĂšcle, le cannabis faisait partie du paysage matĂ©riel et spirituel de lâEurope. On savait distinguer ses formes mĂąle et femelle, on connaissait ses usages multiples, on le voyait comme une ressource vitale. Le fait que son image figure dans un livre commandĂ© par une reine est une preuve Ă©clatante de cette normalitĂ©. Ă travers ces pages, câest tout un rapport au monde que lâon redĂ©couvre : celui dâun temps oĂč le cannabis nâĂ©tait pas un sujet de dĂ©bat, mais simplement une plante essentielle, pleinement intĂ©grĂ©e au quotidien, du champ agricole jusquâau manuscrit royal.
LĂ©gende 1 : Armoiries dâAnne de Bretagne, enluminĂ©es par Jean Bourdichon.
LĂ©gende 2 : Chanvre femelle, Marge botanique extraite des Grandes Heures dâAnne de Bretagne. La plante est reprĂ©sentĂ©e avec ses inflorescences exemptes de graines, caractĂ©ristiques du cannabis femelle. Le texte au centre de la page est une priĂšre liturgique.Â
LĂ©gende 3 : Chanvre mĂąle, illustration du mĂȘme manuscrit royal, montrant cette fois le cannabis mĂąle, reconnaissable Ă ses fleurs fines en panicules aĂ©riennes et en presence de graines. Â
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